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El
piano es un instrumento que, ya desde 1843, "es parte normal, rutinaria e indispensable del mobiliario de cualquier hogar" mexicano, según consignó en su epistolario la Marquesa de Calderón de la Barca.
Cincuenta y tres años después, Amado Nervo publicó en El Nacional
un artículo delicioso en el cual daba cuenta de los miles de "niñas bien" que dedicaban infructuosas horas al estudio del piano y calculaba cuánto dinero se invertía en sus clases y en el piano, para que, finalmente –y cito abreviadamente:
"De cuarenta mil muchachas en pleno estudio, treinta y nueve mil sean boxeadoras del piano y no pasen de ahí. Quedan mil, de las cuales novecientas cincuenta aturden a los vecinos con trocillos de zarzuela... Restan
cincuenta, cuarenta de las cuales tocan algo, -da lo mismo Chopin, Schumann o Thomé-, pero de matices... nada; lo que hacen es una música insoportablemente uniforme... Nos quedan aún las diez últimas: ¿Sabrán dar a la música
ese colorido sin el cual se convierte en el más fastidioso de los ruidos? Supongamos que sí. Tendremos así, diez artistas y entre ellas no habrá, sino por rarísima casualidad, una gran pianista..." Más de cien años
después, el teclado del piano ha sido substituido por el de las computadoras, y cada vez son menos las personas con la tenacidad y disciplina que aquel instrumento exige. Consecuentemente, es cada vez más raro hallar una gran
pianista, y de las poquísimas que hay, generalmente optan por el repertorio que abordaban las que antes tocaban algo... Afortunadamente, no falta nunca alguna intrépida y propositiva intérprete que nos haga
partícipes del repertorio más novedoso. En México alguna vez hubo una Alicia Urreta, y en Estados Unidos, todavía cuentan con una Ursula Oppens -a quienes debemos infinidad de primeras audiciones de gran parte del repertorio
pianístico contemporáneo-. ¿Quién iba a decir que una sola intérprete sería quien portara su estafeta? Esa rara avis
es, indudablemente, Ana Cervantes, nacida en los Estados Unidos pero ya parte fundamental de la vida musical del País de sus abuelos, al cual vino buscando sus raíces, raíces profundamente afianzadas que soportan un sólido tronco del que surgen frondosas ramas bajo cuya sombra se cobijan por igual los clásicos que las más novedosas propuestas musicales.
En esta grabación, Ana Cervantes recrea con convicción, solvencia técnica e imaginación un ramillete de composiciones mexicanas recientes: la más antigua data de 1985, y la más reciente de 2001. Unas evidencian una
depurada factura, otras revelan la búsqueda de un camino que todavía no halla su voz propia, pero todas comparten el privilegio de tener en Ana una médium
capaz de infundir interés en obras que, en manos de otro intérprete, sonarían –como diría Nervo- "insoportablemente uniformes". En su búsqueda de la justa recreación de cada una de éstas partituras, Cervantes trabajó
estrechamente con los autores respectivos, así que quién mejor para hablar de ellas; por lo tanto, a mí no me queda más que reconocer y aplaudir su entrega y esfuerzo, y dar la bienvenida a esta antología que posee la solidez de
una piedra, y que, cual líquido vital fluyendo de las manos de su intérprete, conforta, reconforta, y se escapa inasible... Lázaro Azar Boldo. The piano in 1843 has become "a normal, routine, and indispensable furnishing in any
Mexican home", according to a letter of the Marquise of Calderón de la Barca. In 1897, the Mexican poet Amado Nervo published in El Nacional a delicious article in
which he added up the thousands of "nice girls" who dedicated fruitless hours to the study of the piano, calculating how much money was invested in their lessons and in the
instrument; and concluded that "of the forty thousand girls practicing away, thirty-nine thousand will be 'piano-boxers' and nothing more. Of the thousand remaining, nine
hundred fifty only befuddle the neighbors with snatches of zarzuela [Spanish operetta] … Now we have fifty, forty of whom 'play a little' -perhaps Chopin, Schumann or Thomé- but
with absolutely no dynamic shadings: this is insupportably uniform playing… Now only ten are left. Will they know how to give the music that color without which it becomes the most
bothersome of noises? If so, we will have ten artists; and among those ten ladies, with the rarest of fortuities, there will be but one great pianist…"
More than a hundred years later, the piano's keyboard has in many cases been replaced by the computer's, and few bring to the former the tenacity and discipline which it demands.
Great women pianists are rare today; and of those few, many opt for precisely the repertoire attempted by Nervo's girls who "played a little."
Nevertheless there's always some fearless and determined female interpreter to welcome us into the world of new music. México had an Alicia Urreta, and the US still has an Ursula
Oppens – to them we owe our first hearings of countless works in the contemporary repertoire. Was it possible for one single woman to inherit their mantle? Yes, when that rara avis
is Ana Cervantes, born in the United States but today a fundamental part of the musical life of México, country of her grandparents to which she
came seeking her roots; roots now so deeply planted that they support a solid trunk from which stretch leafy branches in whose shade both classics and the newest music find equal shelter.
In this recording, Ana Cervantes offers --with conviction, technical mastery, and imagination-- a compilation of recent Mexican works: the oldest dates from 1985 and the
newest, 2001. Some of these pieces glory in a mature, distilled imagination, others reveal the ongoing search for a personal voice; but all share the privilege of having in Ana a medium
capable of instilling excitement into works which in the hands of a lesser interpreter might sound –in Nervo's words- "insupportably uniform." Searching for the most faithful interpretation, Cervantes worked closely with each
composer – so who better than she herself to speak of each work? It is left to me only to recognize and applaud her dedication and effort, and give a warm welcome to this anthology
which is solid as stone and which, like vital water welling from the hands of its interpreter, comforts, invigorates, and flows away ungraspable … Lázaro Azar Boldo
Le piano est un instrument qui, dès 1843, "est un élément normal, coutumier et indispensable du mobilier de chaque foyer" mexicain, comme le mentionne dans sa correspondance la Marquise Calderón de la Barca.
Cinquante-trois ans plus tard, Amado Nervo a publié dans El Nacional un article délicieux dans lequel il évoquait les milliers de "jeunes filles de bonne famille" qui consacraient
d'infructueuses heures à l'étude du piano et où il évaluait l'argent investi dans l'instrument et les heures d'étude pour que, finalement – je cite en abrégeant: "sur quarante mille jeunes
filles en cours d'étude, trente-neuf mille sont des boxeuses du clavier et ne dépassent pas ce stade. Sur les mille restantes, neuf-cent-cinquante saôulent les voisins avec des bribes de
zarzuela... Restent cinquante, dont quarante jouent quelque chose, -qu'il s'agisse de Chopin, Schumann ou Thomé, peu importe- mais quant aux nuances... rien; ce qu'elles produisent
est une musique d'une uniformité insupportable... Il nous reste encore les dix dernières: Sauront-elles donner à la musique ces couleurs sans lesquelles elle devient le plus ennuyeux
des bruits ? Supposons que oui. Ainsi, nous aurons dix artistes, parmi lesquelles on ne trouvera que par un hasard rarissime une grande pianiste..."
Plus de cent ans après, le clavier du piano a été remplacé par celui des ordinateurs, et toujours moins nombreuses sont les personnes dotées de la ténacité et de la discipline
qu'exige cet instrument. En conséquence, il est de plus en plus difficile de trouver une grande pianiste, et dans ce groupe extrêmement réduit, elles optent généralement pour le répertoire qu'abordaient celles qui autrefois jouaient
quelque chose...
Par bonheur, il finit toujours par apparaître une interprète audacieuse et aux propositions nouvelles pour partager avec nous un répertoire plus innovateur. Au
Mexique, nous avons déjà eu une Alicia Urreta et aux Etats-Unis se produit encore une Ursula Oppens, auxquelles nous devons une infinité de premières auditions de la
plus grande partie du répertoire pianistique contemporain. Qui nous aurait dit qu'il ne se trouverait qu'une seule interprète pour prendre le relais ?
Cet oiseau rare est sans conteste Ana Cervantes. Née aux Etats-Unis, mais déjà élément fondamental de la vie musicale du pays de ses grand-parents, pays où elle est venue à la
recherche de ses racines; de ces racines profondément ancrées surgit un tronc solide d'ou jaillissent de généreuses branches dont le feuillage exubérant abrite aussi bien les classiques
que les propositions musicales les plus novatrices. Dans cet enregistrement, Ana Cervantes recrée avec conviction, aisance technique et
imagination un bouquet de compositions mexicaines récentes: la plus ancienne date de 1985, et la plus récente de 2001. Certaines présentent une facture très épurée, d'autres
montrent une exploration encore à la recherche de sa propre voix, mais elles partagent toutes le privilège de disposer en Ana d'un médium capable d'éveiller notre intérêt pour des
œuvres qui, sous d'autres doigts, nous paraîtraient -comme dirait Nervo- "d'une uniformité insupportable ". Dans sa recherche d'une restitution impeccable de chacune de ces partitions, Cervantes a
travaillé en étroite collaboration avec leurs auteurs; elle est donc la mieux placée pour parler de ces œuvres, et il ne me reste plus qu'à souligner et applaudir son engagement et
son effort, et à souhaiter la bienvenue à cette anthologie solide comme un roc et qui, comme l'eau, ruisselant des mains de son interprète tel un liquide vital, nous donne des forces, nous réconforte et s'écoule insaisissable... Lázaro Azar Boldo
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